BELGRADE (Reuters) - Des manifestants serbes sont descendus dans les rues en Serbie, en Bosnie et dans le nord du Kosovo pour dénoncer la proclamation unilatérale de l'indépendance du territoire à 90% peuplé d'Albanais.
A Banja Luka, capitale de la Republika Srpska, l'entité serbe de la Bosnie-Herzégovine, des échauffourées ont éclaté lorsque les forces de l'ordre ont tenté de repousser les manifestants qui approchaient du consulat des Etats-Unis.
A Belgrade, quelque 7.000 personnes se sont réunies place de la République, brandissant des drapeaux serbes et reprenant des slogans anti-albanais.
Au Kosovo même, plusieurs milliers de Serbes se sont réunis à Mitrovica, bastion de leur communauté dans le nord du territoire. Au cri de "le Kosovo est la Serbie", ils se sont mis en marche vers le pont sur la rivière Ibar qui sépare les quartiers serbes, au nord, et albanais, au sud.
Dès dimanche soir, des incidents avaient éclaté en marge de manifestations de Serbes exprimant leur colère contre le vote du Parlement de Pristina, qui a proclamé l'indépendance d'une province que la Serbie considère comme son berceau historique et religieux.
"LE KOSOVO EST SERBE"
A Banja Luka, une partie du cortège, conduit par des étudiants et des professeurs, s'est rassemblée lundi devant le parlement autonome. "Le Kosovo est serbe", "La Serbie ne fait qu'un seul Etat" pouvait-on lire sur des banderoles mêlant le rejet de l'indépendance de Pristina et la volonté de sortir de la Bosnie-Herzégovine issue des accords de Dayton, en 1995, et de rejoindre la Serbie.
Des manifestants ont également réclamé la mort des "Shiptars", le terme péjoratif désignant les Albanais, et salué Ratko Mladic, l'un des deux plus grands criminels de guerre présumés encore en fuite dans les Balkans.
A Belgrade, contrairement à la nuit précédente où des pierres avaient été lancées contre l'ambassade des Etats-Unis et la mission diplomatique de la Slovénie, présidente en exercice de l'UE, la manifestation de lundi s'est déroulée dans le calme.
"Ce pays rétrécit de plus en plus. Nous manifestons pour montrer que nous sommes hostiles à cette évolution", confiait Jelena, une étudiante de 24 ans, avant d'expliquer que les Serbes ne peuvent abandonner leur héritage spirituel au Kosovo, où sont érigés des centaines de monastères orthodoxes.
A Mitrovica, les forces de police de la MINUK, la mission de l'Onu, et des soldats de la KFOR ont pris position sur le pont traversant l'Ibar. Cela fait des jours maintenant que les troupes françaises de l'Otan se préparent à parer à toute éventualité et elles se tiennent prêtes à installer des blocs de béton et des barrières de fil de fer barbelé pour interdire tout passage entre les quartiers serbes et albanais de la ville.
Marko Jaksic, un des chefs de file radicaux de la communauté serbe du Kosovo, proche du Premier ministre serbe Vojislav Kostunica, a appelé le gouvernement de Belgrade à s'engager à défendre son peuple.
"La Serbie doit décider si elle veut se servir de son armée pour défendre les Serbes au Kosovo s'ils sont attaqués par des Albanais", a-t-il dit aux manifestants de Mitrovica.
Version française Henri-Pierre André

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